Syrians in exile

Identités fragmentées

Lors d’une résidence à Amman, Nadia El-Hindi a mené une recherche artistique sur la transmission de l’identité syrienne au sein de la diaspora. À travers une documentation visuelle et des entretiens, elle a étudié les objets, les pratiques quotidiennes et les échanges commerciaux comme supports potentiels de mémoire dans un pays frontalier de la Syrie. Au fil de la recherche, l’attention s’est déplacée vers les effets de la fragmentation politique sur le sentiment d’appartenance collective. Le projet interroge ainsi la capacité réelle des objets patrimoniaux à soutenir l’identité en exil, ou si la nostalgie réside plutôt dans l’absence d’un environnement sensoriel et social familier.

Année: 2025
Catégorie: Recherche écrite et documentation visuelle
Partenaire: ProHelvetia Cairo
Lieu: Amman et Nord de la Jordanie 

Syrians in exile

Identités fragmentées

Lors d’une résidence à Amman, Nadia El-Hindi a mené une recherche artistique sur la transmission de l’identité syrienne au sein de la diaspora. À travers une documentation visuelle et des entretiens, elle a étudié les objets, les pratiques quotidiennes et les échanges commerciaux comme supports potentiels de mémoire dans un pays frontalier de la Syrie. Au fil de la recherche, l’attention s’est déplacée vers les effets de la fragmentation politique sur le sentiment d’appartenance collective. Le projet interroge ainsi la capacité réelle des objets patrimoniaux à soutenir l’identité en exil, ou si la nostalgie réside plutôt dans l’absence d’un environnement sensoriel et social familier.

Année: 2025
Catégorie: Recherche écrite et documentation visuelle
Partenaire: ProHelvetia Cairo
Lieu: Amman et Nord de la Jordanie 

« Si nous avions eu la possibilité de nous rassembler autour d’une identité commune, nous aurions pu nous unir pour la défendre et lutter pour elle. Mais toute la stratégie de la dictature visait précisément à empêcher cela, à empêcher tout soulèvement populaire. Tout ce qui aurait pu nous rassembler à travers l’expression artistique ou des événements culturels était impossible. Les seuls symboles communs qui nous étaient imposés étaient les chants du parti et la figure du dictateur. Ses portraits étaient affichés partout : sur les murs, dans les institutions, dans les rues, dans les écoles, dans chaque salle de classe. »
« Il n’existe pas une seule identité syrienne. La Syrie est fragmentée en différents groupes qui n’ont pas vécu les mêmes traitements, n’ont pas eu accès aux mêmes opportunités et ne partagent pas les mêmes religions. Alors la question est : la préservation de quelle identité ? Pour qui ? Avec quels symboles ? »
« Ils ont tout détruit : nos traditions, nos frères et sœurs, nos émotions, jusqu’à notre souffle même. Comment pourrait-on se sentir attaché à des symboles ou à des objets nationaux dans un tel contexte ? »
« Quand on est Syrien en exil, notre rapport à la transmission ne concerne pas uniquement la Syrie, mais aussi la transmission de l’exil lui-même. On développe presque davantage une relation au fait d’être exilé qu’au fait d’être Syrien. Dans ce contexte, pourquoi retourner vers une identité nationale ? Il faut d’abord comprendre la perte. Ensuite, on commence à observer des similitudes avec d’autres identités qui ont elles aussi perdu quelque chose, et cela ouvre finalement la notion d’identité. »
« Ton rapport à l’identité culturelle devient d’une certaine manière plus unifié, car il s’agit davantage de l’expérience d’hériter d’une distance à un territoire que d’hériter d’une “identité syrienne”. Cela devient plus unifié en dehors du pays, à la fois parce qu’on est considéré comme faisant partie d’un même groupe depuis un regard extérieur, mais aussi à travers l’expérience vécue de l’exil. »
« J’ai ressenti ta distance et ta déconnexion, et j’ai aussi ressenti les fragments qui nous ont été transmis. C’est comme un puzzle qu’on essaie de reconstituer. Je pense qu’il est important de te dire qu’il n’existe aucune barrière géographique, linguistique ou culturelle qui te rende moins syrienne. J’ai passé dix ans loin de la Syrie et j’ai ressenti la douleur de la distance. Mais peu importe les facteurs qui me faisaient parfois douter, ils ne faisaient pas de moi quelqu’un de moins syrien. Cela n’a pas d’importance : nous sommes Syriens parce que nous sommes nés Syriens. J’ai l’impression d’avoir passé ma vie à lutter avec mon identité sous tous ses angles : la diaspora, la guerre, et même les remarques des gens du pays qui demandaient pourquoi mon arabe n’était pas fluide. Il y a tellement de personnes dans le monde qui traversent ces mêmes questionnements. Cette quête doit être réparatrice, constructive, confrontante et utile. »
« Je ne sais pas si je peux considérer que notre maison est une maison syrienne typique. C’est notre maison. Mes parents aimaient beaucoup apporter de la couleur dans les pièces, avec des murs et des meubles plutôt beiges, mais toujours accompagnés d’éléments et d’accessoires très colorés, comme cette couverture en crochet faite à la main. Nous avons une grande image que ma sœur et moi avons réalisée pour un projet d’école d’art, sur laquelle il a écrit les paroles d’une chanson que nous chantions au début de la révolution. Pour ma sœur, son identité syrienne est profondément liée à moi. Dans notre cuisine, il y a toujours du zaatar et du makdous. »
« Quand je pense à la Syrie, et particulièrement à Damas, tout te pousse à devenir artiste. Pas artiste au sens formel, mais artiste dans l’âme. Par exemple, la manière dont les gens préparaient une assiette de petit-déjeuner avec une branche de menthe, du concombre et du labneh. Il y avait un sens du détail, de la beauté et du soin dans chaque assiette. Quand on nous apportait un café, il y avait toujours un petit geste en plus, comme une fleur de jasmin déposée à côté de la tasse. »